Les laboratoires de biologie médicale sont au cœur du réseau de la santé. Ils contribuent à près de 85 % des diagnostics et jouent un rôle essentiel dans le parcours de soins de la population.
Pourtant, depuis l'implantation d'OPTILAB, le personnel des laboratoires a essuyé bien des revers. Présentée comme une réforme visant à améliorer l'efficacité des laboratoires, cette réorganisation a profondément transformé leur fonctionnement, sans livrer les résultats promis.
Pénurie de personnel, infrastructures vieillissantes, surcharge de travail, difficultés liées au déploiement des nouvelles technologies et gestion de plus en plus éloignée du terrain : les défis se sont multipliés. Voici nos constats et nos solutions pour remettre les laboratoires sur pied.
Des chiffres alarmants
Quelque 5300 diplômé·e·s en technologie d'analyses biomédicales oeuvrent dans les laboratoires du Québec
Nos constats
La centralisation n'a pas permis de régler les problèmes de main-d'œuvre. Au contraire.
Les laboratoires doivent composer avec :
- une diminution des étudiant·e·s en technologie d'analyses biomédicales;
- une baisse du nombre de diplômé·e·s;
- un faible taux de rétention;
- une hausse marquée des absences prolongées.
Pendant ce temps, le volume d'analyses continue d'augmenter. Les équipes restantes absorbent la surcharge au prix d'un recours massif au temps supplémentaire.
Le succès d'une réforme de cette ampleur reposait sur des investissements importants.
Or, plusieurs laboratoires fonctionnent encore avec des équipements dépassés et des installations devenues inadéquates.
Aujourd'hui
- près de la moitié des équipements sont jugés en mauvais état;
- plusieurs appareils dépassent largement leur durée de vie utile;
- plus de 82 M$ seraient nécessaires pour remettre les équipements à niveau.
Cette situation compromet autant la qualité des services que la santé et la sécurité du personnel.
Le Système d'information des laboratoires provinciaux (SIL-P) devait uniformiser les systèmes informatiques des laboratoires.
Son implantation s'est toutefois faite dans un contexte où les équipes étaient déjà fortement sollicitées.
Les membres rapportent notamment :
- un déploiement précipité;
- un accompagnement insuffisant;
- plusieurs problèmes techniques;
- des interruptions de service;
- des pertes d'analyses;
- un retour fréquent aux procédures manuelles.
Ces difficultés continuent d'avoir des répercussions sur la qualité des services et sur la charge de travail.
Dans plusieurs régions, les laboratoires -, regroupés en grappes -, sont maintenant administrés à distance depuis une autre région située à des centaines de kilomètres.
Cette organisation complexifie : les relations de travail, la gestion quotidienne, la santé et la sécurité et la prise de décision locale.
Cet éloignement nuit à la capacité de répondre rapidement aux besoins des salarié·e·s, et de la population.
Comment remettre les laboratoires sur pied?
Pour assurer l'avenir des laboratoires, il est essentiel de :
- Redonner une voix au terrain : les personnes professionnel·le·s et technicien·ne·s doivent être impliquées dans les décisions qui concernent l'organisation des laboratoires.
- Agir sur la pénurie : le réseau doit améliorer l'attraction et la rétention de la main-d'œuvre, soutenir la formation et offrir des conditions de travail favorisant la stabilité des équipes.
- Investir dans les infrastructures : les équipements et les locaux doivent être modernisés afin de soutenir les besoins, actuels et futurs.
- Revoir la gouvernance : les décisions doivent prendre en compte et respecter les réalités régionales afin de mieux répondre aux besoins des établissements et des populations.
- Mieux planifier les grands projets : les grandes transformations, qu’elles soient technologiques comme le SIL-P - ou structurelles - comme la construction d’un laboratoire serveur - doivent être réalisées avec davantage de planification, d'accompagnement et de ressources.