Lettre ouverte | En avez-vous pour votre argent avec le privé en santé?

16 septembre 2026

Lettre ouverte | En avez-vous pour votre argent avec le privé en santé? - APTS

Depuis le début de la campagne électorale, les promesses fusent. En matière de santé, un peu toujours dans le même sens, malheureusement : « Votez pour moi et je promets de faire une plus grande place aux entreprises privées. » On nous présente un réseau exsangue, à bout de souffle et incapable de donner des services à la population. La solution, toute simple, est de chercher du renfort ailleurs : au privé.

Mettons de côté les principes une seconde. Bien entendu, nous pourrions décrire les effets humains d’une privatisation de la santé, comme le développement d’un accès aux soins à deux vitesses, le délaissement des populations vulnérables ou l’abandon des régions. Mais dans une période où le coût de la vie arrive tout au sommet des préoccupations de la population, essayons de répondre à la question suivante : avec le privé en santé, en avez-vous pour votre argent ?

Une taxe déguisée

Afin de répondre à la critique sur la privatisation, les gouvernements passés et présents ont trouvé une parade : vous pourrez payer avec votre carte d’assurance maladie. Ainsi, le principe de l’égalité et de la gratuité est sauf. Fiou !

Mais en grattant un peu sous la surface, nous constatons une tout autre réalité. Une enquête récente menée par Léger montre que 29 % de la population a dû recourir à un régime d’assurance privée pour accéder à des services de santé. Pire, 13 % de la population affirme aussi avoir dû payer directement de sa poche, sans aucun remboursement, pour recevoir des soins. À une époque où les primes d’assurance tendent à augmenter plus rapidement que l’inflation, difficile d’y voir un gain, d’autant plus que 13 % des gens, toujours selon Léger, envisagent d’avoir davantage recours à leur assurance privée.

Pour le portefeuille collectif, que l’on finance à même nos taxes et nos impôts, il en va de même. Cet été, nous avons appris qu’un rapport confidentiel remis à Christian Dubé, alors qu’il était ministre de la Santé, indiquait que les interventions réalisées au privé et payées par les fonds étatiques coûtent en général 35 % de plus que la même intervention prise en charge par un établissement public.

L’inefficacité fait loi

Les acteurs du privé s’organisent sur une base simple : faire du profit et rentabiliser leur investissement. Quoi qu’on pense de la hausse des dépenses en santé due au vieillissement de la population, la pire façon de gérer ce dossier est de confier plus de responsabilités à des acteurs qui ont intérêt à accroître leur chiffre d’affaires.

Aux États-Unis, où le privé occupe une place bien plus importante qu’ici, les dépenses en santé par habitant se chiffraient à 14 570 $ en 2023. Pour le Québec, cette somme était alors de 8785 $. C’est presque deux fois moins. Donc, non seulement le privé en santé est synonyme d’augmentation des coûts, mais, en plus, les résultats sont souvent médiocres : l’espérance de vie chez nos voisins du Sud est de six ans inférieure à la nôtre.

Payer plus pour mourir plus jeune, pendant qu’on vide le réseau public de ses ressources sous prétexte de lui venir en aide. Voilà, dans sa version la plus brute, la réalité derrière les promesses électorales des dernières semaines. Pour mieux gérer les dépenses en santé, l’avenue à privilégier est de les répartir le plus possible. Ne pas faire éclater la prestation de services, ne pas demander à chacun de payer à la pièce, ne pas laisser la recherche du profit déterminer les services offerts : miser sur un système public ayant l’État comme payeur unique.

Cette lettre ouverte a été publiée dans Le Devoir

Geneviève Lamarche

L’autrice signe ce texte au nom de la Coalition solidarité santé au sein de laquelle elle est coordonnatrice.