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Lettre ouverte | « J’ai mal à mon laboratoire! »

13 avril 2021

Monsieur le Premier Ministre,

Les techniciennes et les technologistes médicales des laboratoires médicaux du réseau public jouent un rôle essentiel dans l’offre de soins de santé à la population, à ces gens qui vous font confiance depuis le début de la pandémie.

Nos laboratoires souffrent d’une pénurie criante de main-d’œuvre, et ce, plus que jamais depuis un an. Mais on peinait à garder la tête hors de l’eau bien avant la COVID-19.

Les effets néfastes d’OPTILAB

Les architectes de la réforme OPTILAB prétendaient que la centralisation des laboratoires permettrait des gains d’efficience en nécessitant moins de ressources humaines.

Dix ans plus tard, force est de constater que ce projet a eu l’effet contraire. La pénurie s’est exacerbée, car la perspective de carrière présentée par le gouvernement a dissuadé les candidatures potentielles. Pourquoi étudier plusieurs années dans un domaine où il y aura de moins en moins d’opportunités?

Le gouvernement n’a pas su attirer la relève et le réseau a maintenant des problèmes de rétention du personnel. Nos collègues partent à la retraite, certaines de façon anticipée en raison des conditions de travail, tandis que d’autres vont vers le privé.

Au collégial, les cohortes sont de moins en moins nombreuses. Les employeurs s’arrachent la poignée de finissantes, dont le nombre est constamment inférieur aux personnes quittant le réseau.

Pourtant, sans notre expertise, il est impossible d’offrir bon nombre de soins, de traitements, ou d’établir des diagnostics pour dépister cancers, infections et bien d’autres maladies.

Les laboratoires mis sous pression

La COVID-19 a noyé les laboratoires. Votre gouvernement nous a demandé de faire jusqu’à 30 000 analyses COVID par jour. Nous l’avons fait. Il a demandé que nous augmentions le nombre d’heures travaillées, nous avons répondu présentes, au détriment de nos familles.

Nous avons augmenté la cadence et avons fait beaucoup plus que des analyses COVID. Les prélèvements sanguins, d’urine, les écouvillons pour les infections et les biopsies pour le cancer ne peuvent attendre. La détresse engendrée par cette surcharge s’accumule et le presto va sauter!

Qui plus est, on embauche maintenant dans les laboratoires des personnes occupant des titres d’emploi qui nécessitent moins de formation pour pallier le manque d’effectifs. Nous avons besoin de renforts pour faire face à la pandémie et apprécions le soutien apporté par ces aides techniques. Nous sommes par contre préoccupées par le peu d’égards qu’ont certains employeurs envers les qualifications des technologistes médicales et des techniciennes de laboratoire médical diplômées.

Allons-nous vraiment niveler vers le bas l’offre de services en laboratoire plutôt que de redonner à notre profession l’attrait qu’elle mérite? Allons-nous sacrifier notre expertise pour économiser? La réforme OPTILAB visait la qualité et l’efficience. Elle n’atteint ni l’une ni l’autre. Votre propre ministre de la santé, Christian Dubé, a reconnu que si le dépistage de la COVID-19 est si efficace au Québec, c’est parce que les analyses en laboratoire sont décentralisées.

Monsieur le Premier Ministre, il est encore temps de freiner la réforme OPTILAB et de valoriser notre expertise. Notre système de santé subira encore de nombreuses pressions dans les prochaines années. Les laboratoires seront de plus en plus sollicités. Vous aurez besoin de notre expertise et de notre professionnalisme pour affronter ces défis. Il y a urgence d’agir. Le statu quo mène droit vers un mur. Aidez-nous à soigner et à mieux servir les Québécois!

Anik Corriveau

Technologiste médicale