Lettre ouverte | Peut-on avoir un débat sur la fiscalité plutôt que des baisses d’impôt?

5 mai 2026

Lettre ouverte | Peut-on avoir un débat sur la fiscalité plutôt que des baisses d’impôt? - APTS

La première ministre Christine Fréchette promet d’autres baisses d’impôt. Une approche qui nous a pourtant conduits à la situation de crise sociale actuelle, nos services publics et nos programmes sociaux étant lourdement malmenés. Plusieurs groupes et personnes appellent à réformer la fiscalité, le statu quo n’étant tout simplement pas une option. Alors, peut-on prendre un temps d’arrêt avant de nous priver collectivement de moyens et de miser une nouvelle fois sur une baisse d’impôt ? Afin de revoir les choses en profondeur ?

C’est ce que les groupes membres de la Coalition Main rouge préconisent : ne pas se contenter de changer de gouvernement, mais changer la manière de gouverner.

Depuis les années 1980, une constante définit la politique québécoise : en faire plus avec moins. Toujours chercher à couper dans le filet social et accepter les inégalités comme prix à payer pour une meilleure croissance économique. C’est ce credo néolibéral qui a maintes fois démontré son incapacité à répondre aux besoins de la population.

Résultat ? L’école à trois vitesses est devenue la norme, les places en service de garde ne suivent pas la demande, des entreprises à but lucratif vampirisent notre réseau de la santé et des services sociaux, le développement de vrais logements sociaux est pratiquement abandonné et l’itinérance atteint des sommets.

Changer de cap

Alors, posons-nous cette question : quel tournant devons-nous prendre ? Rationaliser encore les dépenses publiques en espérant des résultats différents ou se donner collectivement les moyens de reconstruire un tissu social solide ? À ce titre, l’exemple de notre voisin du Sud devrait nous servir d’avertissement sérieux de ce qu’il advient quand l’enrichissement personnel prime la dignité humaine, l’égalité et les droits.

À l’heure des inégalités galopantes et de l’autoritarisme débridé, nous devons reconstruire nos leviers collectifs d’intervention démocratique. Et c’est pour cela que les groupes membres de la Coalition Main rouge persistent et signent : la priorité de tout nouveau gouvernement devrait être la mise en place d’une réforme audacieuse de la fiscalité afin de nous donner les moyens de répondre à nos besoins.

C’est pourquoi nous publions cette semaine notre plan « Solutions fiscales 2026 » proposant des manières d’augmenter de 20 milliards de dollars les revenus de l’État afin de réparer le filet social québécois. Avec ce plan en six points, l’État québécois aurait les moyens de prendre soin de toute la population. Voici ce que nous proposons :

  • passer de quatre à huit paliers d’impôt (3,3 milliards de dollars de revenus) ;
  • créer un impôt sur le patrimoine du 1 % le plus riche (6,5 milliards) ;
  • mieux taxer la spéculation (2,4 milliards) ;
  • réduire les cadeaux fiscaux aux entreprises (2,2 milliards) ;
  • établir une contribution spéciale ciblant les entreprises financières (2,9 milliards) ;
  • lutter contre les paradis fiscaux (3 milliards).

La redistribution de la richesse ne doit pas être laissée aux intentions charitables des fondations privées, mais bien être la colonne vertébrale de l’action publique. Face aux pressions du monde des affaires et de ses économistes, il est temps de se tenir debout. Notre plan est simple et il va droit au but : la richesse économique est le fruit de nos contributions sociales, elle doit donc servir en priorité à financer la réponse à nos besoins et le respect de droits fondamentaux, pas à profiter à une minorité.

Cette lettre a été publiée dans Le Devoir

Ont cosigné cette lettre : Émilie Charbonneau, 1re vice-présidente, Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) ; Julie Robillard, Mouvement d’éducation populaire et d’action communautaire du Québec (MEPACQ) ; Olivier Surprenant, Union des consommateurs ; Claudia Fiore-Leduc, Réseau québécois de l’action communautaire autonome (RQ-ACA) ; Marie-Line Audet, Table nationale des Corporations de développement communautaire (TNCDC) ; Audrey Gosselin-Pellerin, Réseau des Tables régionales de groupes de femmes du Québec (RTRGFQ) ; Véronique Laflamme, Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) ; Catherine Tragnée, Front commun des personnes assistées sociales du Québec (FCPASQ) ; Stéphanie Vallée, L’R des centres de femmes du Québec ; Wedad Antonius, ATTAC -Québec ; Mercédez Roberge, Table des regroupements provinciaux d’organismes communautaires et bénévoles (TRPOCB) ; Réjean Leclerc, président, Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN) ; Michel Girard, vice-président, Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ) ; Benoît Lacoursière, président, Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ-CSN) ; Serge Petitclerc, Collectif pour un Québec sans pauvreté ; Patrick Bydal, vice-président à la vie politique, Fédération autonome de l’enseignement (FAE) ; Sébastien Bouchard, vice-président, Organisation syndicale et Éducation-Animation, Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) ; Farah Wikarski, Coalition des Tables régionales d’organismes communautaires (CTROC) ; Juan José Fernandez, président, Fédération des syndicats de l’action collective-CSQ (FSAC-CSQ) ; Marianita Hamel, Solidarité populaire Estrie (SPE) ; Bertrand Guibord, président, Conseil central du Montréal métropolitain – CSN ; Julie Corbeil, Table régionale des organismes volontaires d’éducation populaire (TROVEP) de Montréal ; Maud Provost, Réseau d’action des femmes en santé et services sociaux (RAFSSS) ; Bernard Dufourd, président, Debout pour l’école.