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Lettre ouverte | Laboratoires - agir avant qu’il ne soit trop tard pour nos hôpitaux

17 octobre 2022

Image Lettre ouverte | Laboratoires - agir avant qu’il ne soit trop tard pour nos hôpitaux

Deux exemples récents dans l’actualité médicale ont démontré le rôle central des laboratoires dans le réseau de la santé et des services sociaux (RSSS).

D’une part, le CHUM s’est trouvé dans l’obligation de reporter des chirurgies en raison de la pénurie de personnel à la banque de sang. D’autre part, l’éclosion d’un champignon mortel à l’hôpital Pierre-Boucher aurait pu avoir des conséquences beaucoup plus graves, n’eût été de la rapidité de réaction du personnel et de la présence d’un laboratoire à l’intérieur de l’établissement.

Ces deux exemples prouvent la nécessité de la présence, au sein de ces établissements, de laboratoires ayant la capacité d’effectuer des analyses sur place, rapidement, avec du personnel qualifié et en nombre suffisant.

Il faut prendre soin du personnel de laboratoire diplômé, qui effectue une multitude de tâches techniques et précises afin de permettre d’établir le diagnostic des maladies ainsi que d’assurer un suivi adéquat des patient·e·s et de leur traitement. Quand vient le temps d’effectuer des prélèvements, de préparer des tests et d’analyser des échantillons, rien ne bat son expertise afin que les médecins puissent poser un diagnostic juste et procéder à des chirurgies sans compromettre la santé des patients ou l’intégrité des réserves des banques de sang.

Pourtant, la situation est catastrophique dans les laboratoires du RSSS. Au point où les services à la population sont maintenant affectés. C’est seulement au moment de faire face à des ruptures de service que le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) a reconnu, tout récemment et du bout des lèvres, l’existence d’une pénurie de main-d’œuvre dans nos laboratoires.

Cette pénurie, qui sévit partout dans notre réseau public, a été exacerbée dans les laboratoires par la réforme centralisatrice appelée OPTILAB et son absence de considération pour l’expertise du personnel diplômé en technologies d’analyses biomédicales.

Faisant fi des nombreuses mises en garde de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS), le MSSS a ignoré le problème et nous sommes entrés dans un cercle vicieux. Malgré le caractère essentiel de la profession, ces orientations gouvernementales l’ont dévalorisée comme jamais. Le manque de main-d’œuvre qualifiée entraîne une surcharge de travail écrasante et la multiplication du temps supplémentaire, trop souvent imposé de manière déguisée, ce qui en pousse beaucoup à quitter le navire. On travaille maintenant à équipe réduite dans les laboratoires, quand on ne risque pas carrément des ruptures de service.

La situation a atteint un point critique et les solutions envisagées engendrent un risque pour la population en diminuant la qualité des services. Par exemple, certaines tâches réservées à ces expert·e·s sont maintenant confiées à du personnel moins qualifié.

DES SOLUTIONS

Des solutions pour assurer la pérennité de nos services, l’APTS et ses membres en ont à proposer!

Il faut d’abord et avant tout valoriser et reconnaître l’expertise du personnel diplômé en technologie d’analyses biomédicales actuellement en poste, tout en améliorant ses conditions de travail pour attirer la main-d’œuvre et retenir l’expertise développée dans notre réseau public. Il faut aussi miser sur la relève et mettre en place des mesures incitatives valorisant le programme en technologie d’analyses biomédicales auprès des étudiant·e·s en faisant la promotion de bonnes conditions de travail et de respect envers la profession.

Avec son Plan pour mettre en œuvre les changements nécessaires en santé (Plan santé), le MSSS souhaite décentraliser le réseau, humaniser les services à la population et prendre soin du personnel. C’est une belle occasion de bien faire les choses et de prendre le temps de comprendre ce qui se trouve au cœur des activités hospitalières.

Or, pour l’instant, les laboratoires ne figurent ni dans le Plan santé, ni dans les projets d’agrandissement des établissements hospitaliers. Il en va de même pour les services en imagerie médicale, en médecine nucléaire, en radio-oncologie et en électrophysiologie médicale (EPM), tout aussi vitaux pour le fonctionnement de notre réseau public.

Si le gouvernement veut réellement tenir les promesses de son plan de réforme du réseau, s’il veut agrandir les hôpitaux, y ajouter des lits, réduire les délais d’attente en chirurgie, améliorer l’accès aux soins et aux services, il doit tenir compte des laboratoires et de l’expertise de leur personnel hautement qualifié.

Source : 

Sandra Etienne, quatrième vice-présidente de l'APTS

Cette lettre a été publiée dans La Presse +