Lettre ouverte - De l’ambition pour nos régions
25 août 2026
À chaque élection provinciale, nombreux sont les partis qui promettent d’incarner la voix des régions à Québec, notamment en matière de santé.
Pourtant, nous assistons aujourd’hui à une multiplication inquiétante des ruptures de services en santé et en services sociaux dans plusieurs de nos régions, au détriment de l’accessibilité aux soins et aux services, ce qui affecte tout particulièrement les milieux ruraux et dévitalisés.
Dans une région comme celle du Bas-Saint-Laurent, qui se classe au deuxième rang provincial pour le vieillissement de sa population et où les défis liés à l’attraction de la main-d’œuvre sont importants, la situation est particulièrement préoccupante.
Nos régions ne sont pas seulement des destinations touristiques estivales. Ce sont des territoires animés, occupés et bien vivants qui devraient avoir droit aux mêmes services que ceux des grands centres.
Ce sont aussi de vastes étendues sur lesquelles la population est dispersée, le Bas-Saint-Laurent compte le plus grand nombre de petites municipalités par habitant·e au Québec.
Cette réalité unique doit guider notre vision collective de la manière dont nous organisons nos services, surtout dans le secteur de la santé et des services sociaux.
Reprendre le pouvoir
La création de Santé Québec est venue accentuer un phénomène déjà bien présent dans notre réseau de la santé et des services sociaux. Un mouvement qui va à l’encontre des réalités rurales et qui a été amplifié par les réformes Barrette, Couillard, et Dubé : la centralisation.
En concentrant les lieux décisionnels au sommet de son appareil administratif - à Montréal et à Québec - Santé Québec est venue dépouiller les établissements régionaux de santé et de services sociaux de ce qui leur restait de pouvoir et d’autonomie.
Toute décision d’envergure doit désormais s’inscrire dans les paramètres administratifs et budgétaires de Santé Québec et être autorisée par celle-ci. Afin d’asseoir son contrôle, elle a rapidement établi de nouveaux critères standardisés pour le financement des établissements régionaux et pour l’évaluation des programmes. Au menu : uniformisation des services et imposition de nouveaux critères de performance.
Sur le terrain, la pression augmente afin d’atteindre des cibles statistiques élaborées à des centaines de kilomètres de distance, emportant avec elle une bonne part du sens et de la valeur du travail chez les personnes professionnelles et techniciennes de notre réseau public.
Et au cours des derniers mois, des modèles de soins et services à échelle humaine, comme ceux du CLSC de Pohénégamook et de l’urgence du centre hospitalier de Trois-Pistoles, qui offrent des services éprouvés et ancrés dans les réalités et les dynamiques de leur territoire, ont été remis en question.
Pourtant, l’efficacité de ces initiatives locales est prouvée par les résultats obtenus. S’il fallait retenir un indicateur de performance, la mobilisation citoyenne historique de la dernière année dans ces deux communautés suffirait à elle seule à témoigner du niveau de satisfaction et d’attachement de la population à ces services.
Dans la machine de Santé Québec, il n’y a plus de place pour les modèles alternatifs.
Nos services à petite échelle - adaptés aux réalités locales - produisent de mauvais résultats lorsqu’ils sont comparés à leurs homologues des grands centres dans les savants tableaux de bord de l’Agence.
Mais pourquoi comparer l’urgence du CHUM avec celles des Basques ou du Témiscouata? Nous avons besoin de retrouver une structure qui place au centre de sa gouvernance les besoins des communautés locales et des personnes salariées qui œuvrent en santé et services sociaux.
Des solutions?
Face aux importants défis d’attraction et de rétention du personnel en santé et en services sociaux dans nos régions, il est temps d’oser pour vrai en instaurant des solutions ambitieuses et adaptées aux réalités locales : le développement de l’offre de formation en milieu rural - des parcours de mentorat et de stage en santé rurale - et d‘incitatifs à l’établissement en région, l’amélioration de la reconnaissance et de l’autonomie professionnelles et, finalement, des interventions visant à accroître la disponibilité des logements et des places en services de garde.
Le prochain gouvernement devra redoubler d’efforts pour mettre ces solutions en place. Faute d’un changement appréciable en ce sens, c’est l’accessibilité aux soins et services et l’égalité entre les personnes citoyennes des zones urbaines et rurales qui sont menacées.
Cette lettre ouverte est signée par Guillaume Legault, représentant national de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) et a été publiée dans La Voix de l'Est