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Un réseau fort : et si on osait pour vrai?

Messieurs Legault, Girard et Dubé,

Au Québec, nous sommes fier·ère·s de notre progressisme : partisan·e·s de la justice sociale, de la science et de l’écologie, humanistes, féministes... nous tirons incontestablement notre épingle du jeu — surtout en comparaison avec nos voisin·e·s du Sud. Paradoxalement, nous tolérons depuis des décennies la dégradation graduelle mais flagrante de nos services publics, pourtant au cœur de nos valeurs sociales.

Notre réseau de la santé et des services sociaux est un exemple frappant de cette situation. Mal financé et constamment chamboulé par des réformes inadaptées, il est en bien piètre état : nos urgences débordent, les files d’attente en santé mentale continuent de s’allonger, et de nombreuses chirurgies sont retardées faute, notamment, de ressources dans les plateaux techniques. Comme d’habitude, les groupes vulnérables — familles à faible revenu, personnes âgées, enfants de la DPJ, personnes avec une déficience ou un trouble du spectre de l’autisme — écopent plus souvent qu’à leur tour.

Cet état de fait n'est pourtant pas une fatalité. Et si, plutôt que d’errer de réforme en réforme, de soumettre le réseau au régime yoyo et de nous en remettre à des intérêts privés, nous prenions le parti résolu et définitif de nous doter d’un réseau public fort? Si nous priorisions véritablement notre santé? Si nous nous faisions la promesse de services sociaux dignes de notre PIB? Bref, et si on osait pour vrai? Rien d’impossible là, c’est une question de choix.

Alors que vous vous apprêtez à définir dans les prochaines semaines les sommes que vous allouerez à la santé et aux services sociaux dans le cadre de votre budget 2025-2026, nous vous enjoignons de mettre en place des solutions courageuses et innovantes, à commencer par l’instauration d’un mécanisme de bouclier budgétaire. Celui-ci stabiliserait le financement du réseau en garantissant les ressources suffisantes pour offrir des soins et services de qualité, indépendamment des fluctuations économiques.

Une fois ce mécanisme en place, il faudra évidemment le financer. Pour cela, de nombreuses options s’offrent à vous, dont l’adoption de mesures fiscales audacieuses. Une taxation sur le patrimoine du 1% le plus riche, par exemple, pourrait rapporter quelque 4 milliards$ annuellement. Dans un monde hypothétique où les métiers du domaine de la santé et des services sociaux seraient redevenus attrayants grâce à des politiques adéquates, cette coquette somme permettrait (accrochez-vous bien) de doubler le nombre de professionnel·le·s et de technicien·ne·s dans le réseau.

De la même façon, mettre fin à l’incorporation des médecins permettrait de regarnir les coffres de l’État tout en corrigeant une iniquité indécente si l’on considère leur niveau de revenu. Un·e médecin n’est pas une société par actions, il n’y a donc aucune raison qu’il·elle soit taxé·e à 12% plutôt qu’à 50%, comme le serait n’importe quel·le autre contribuable au revenu comparable. Une réforme du statut d’emploi et de la rémunération de la profession s’impose également. Combinées, ces mesures permettraient d’injecter un appréciable milliard $ dans la santé et les services sociaux.

Finalement, une stratégie de déprivatisation énergique mais graduelle du réseau doit être mise en place sans plus tarder. Si les investissements nécessaires sont faits, il suffira de 5 ans pour ramener les dépenses privées de santé à leur niveau plancher de 1979. Pensez aux soins et services que le réseau pourrait offrir si l’on rapatriait au public les 10, 15, 20, 30 sous que votre gouvernement consacre aux profits des entreprises privées pour chaque dollar dépensé! Cessons de prétendre que le privé complète le public, c’est tout le contraire — il le cannibalise. La moindre des choses serait que vous n’en soyez pas complices.

De nombreuses autres solutions existent et qui prétend l’inverse n’attend qu’une chose : que nous abdiquions notre droit fondamental à la santé et au bien-être pour en faire ses choux gras. Un réseau fort, c’est possible si on en fait une priorité et qu’on en finit avec les mesurettes à la petite semaine. Si le courage politique est au rendez-vous et que le bien-être collectif n’est plus sacrifié à des intérêts partisans ou privés. Si on rend enfin aux travailleur·se·s du réseau le mérite qui leur revient, la confiance que leur expertise impose et la reconnaissance que leur détermination commande.

Dans notre lutte pour un réseau public fort, nous avons bien peu à perdre et tout à gagner. Alors, pour une fois, si on osait pour vrai?

Osez!

Signez la lettre adressée au premier ministre Legault et aux ministres Dubé et Girard.

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