Lettre ouverte | Santé Québec - Un constat d’échec qui ne surprend personne
18 février 2026
Lors de la création de Santé Québec, l’ancien ministre Christian Dubé assurait que la nouvelle agence permettrait de rendre le système de santé plus efficace et d’améliorer l’accessibilité du réseau. Après un peu plus d’un an, les résultats d’un récent sondage Léger rendu public dans La Presse démontrent clairement que le gouvernement et son agence ont échoué sur toute la ligne. Le jugement des Québécoises et des Québécois est sans appel : Santé Québec est un monstre bureaucratique inefficace, centralisateur et inutile.
Affamer les services pour enrichir les cadres et le secteur privé
Ce constat d’échec n’est guère surprenant. Plus des trois quarts des personnes interrogées estiment que les soins offerts par les travailleuses et les travailleurs de la santé et des services sociaux sont de bonne qualité, mais que le réseau fonctionne mal. Pourtant, le gouvernement et les têtes dirigeantes de Santé Québec ont plutôt décidé de sabrer dans les services pour ériger une nouvelle mégastructure, lourde et gourmande.
Depuis sa mise en œuvre, Santé Québec impose systématiquement un régime minceur au personnel et aux services directs à la population, tout en multipliant les postes de cadre et les contrats accordés à des firmes privées à but lucratif.
De façon concrète, cela s’articule en un cercle vicieux particulièrement pervers. D’un côté, on abolit des postes sur le terrain et on coupe dans les services à la population, ce qui encourage la main-d’œuvre et la patientèle à migrer vers le secteur privé. De l’autre, on crée des postes de cadre généreusement rémunérés et on ouvre de plus en plus grand la porte aux cliniques privées, qui peuvent désormais s’enrichir sans vergogne en vendant à fort prix les services qui étaient auparavant accessibles gratuitement dans le réseau public.
La boucle est ainsi bouclée. Le réseau public continue de s’appauvrir à mesure qu’on lui impose des compressions et que le secteur privé le vampirise de son personnel et de son expertise. Il n’est alors plus en mesure de fournir les services dont la population a besoin, laissant ainsi toute la place au privé, qui continue de s’enrichir avec la maladie.
Donner un coup de barre avant de frapper l’iceberg
À la lumière de ce constat d’échec et du verdict populaire sans équivoque, il est évident qu’un changement de cap radical s’impose. Heureusement, en ce moment et pour les prochains mois, le contexte politique québécois est propice aux recalibrages et aux prises de positions courageuses et innovantes.
Par conséquent, nous demandons à toute personne et à tout parti politique aspirant à gouverner le Québec de s’engager à écouter la population et à renverser cette tendance qui menace notre système de santé et de services sociaux.
Les Québécoises et les Québécois veulent d’un gouvernement qui investit dans le personnel soignant plutôt que dans les structures administratives. Elles et ils veulent des soins et des services accessibles et gratuits, plutôt que des bris de services et des entreprises qui s’enrichissent grâce à leur maladie.
Donnons-leur maintenant, avant que notre réseau public ne soit réduit à une coquille vide.
Cette lettre ouverte a été publiée dans La Presse.
Signataires :
Françoise Ramel, Luc Beauregard et Sonia Bureau*Respectivement vice-présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), secrétaire-trésorier de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) et présidente par intérim du Conseil provincial des affaires sociales du Syndicat canadien de la fonction publique (CPAS-SCFP)
*Cosignataires :
David Bergeron-Cyr, vice-président de la Confédération des syndicats nationaux (CSN) ; Émilie Charbonneau, première vice-présidente de l'Alliance de personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) ; Réjean Leclerc, président de la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS–CSN) ; Jessica Goldschleger, présidente de la Fédération des professionnèles (FP–CSN) ; Déreck Cyr, président de la Fédération de la santé du Québec (FSQ-CSQ), Sylvie Nelson, présidente du Syndicat québécois des employées et employés de service (SQEES) et Martin Trudel, troisième vice-président du Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ)